Lettre ouverte à Monsieur Paul Boudre

       Lettre ouverte à Monsieur Paul Boudre, Directeur Général de SOITEC
        Sur une prime de fin d’année, le mal-être et les conditions de travail

Monsieur Boudre,

Le Président de la République a fait un appel aux dirigeants des entreprises ce mardi 10 décembre afin que ces derniers, lorsqu’ils le peuvent, octroient une prime de fin d’année à leurs salariés.

Au vu de nos très bons résultats semestriels, nous vous demandons donc de verser une prime de fin d’année s’élevant à 1000€ aux salariés dans les conditions fixées par le gouvernement.

Cet appel du Président a d’autant plus d’écho dans notre entreprise compte tenu de notre histoire récente. Pour rappel en 2014 et 2015, lorsque notre entreprise était au bord du dépôt de bilan, le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, qui était à l’époque dirigé par Monsieur Emmanuel Macron, a fait le nécessaire par le biais de la BPI et du CEA pour investir massivement dans notre entreprise ce qui a permis de préserver nos emplois.

Aujourd’hui, c’est ce même Emmanuel Macron, Président de la République redescendu de son piédestal jupitérien, qui fait appel à vous afin de répondre, en partie, à une crise sociale d’une ampleur historique. Notre syndicat insiste sur le fait que le mouvement des gilets jaunes, soutenu par la très grande majorité des Français, n’est pas extérieur à l’entreprise et il est de votre responsabilité, en tant que Directeur Général d’une société telle que Soitec, de montrer l’exemple. De plus, il est temps que nos dirigeants montrent une autre image que celle du MIP qui a laissé des traces dans la confiance accordée par les salariés à leur entreprise. Un fossé s’est creusé entre
ces salariés et leur direction, par cette prime vous avez l’occasion de réduire cette fracture sociale.

                   Conditions de travail, inaptitudes, mal-être et évolutions

D’autre part, nous tenons à vous faire part d’un mal-être grandissant au sein de notre entreprise issu des réorganisations en série et de l’augmentation significative de la charge de travail pour les salariés qu’ils soient opérateurs, techniciens ou ingénieurs/cadres. Nombre d’entre eux sont à bout, c’est pourquoi le CHSCT a déposé,
ce jeudi 13 décembre, un droit d’alerte de Danger Grave et Imminent (DGI) sur ces thématiques.

Aujourd’hui nous faisons face à une multiplication des arrêts maladie, une croissance alarmante des accidents du travail et un mal-être grandissant dans de trop nombreux des services. Le rapport QVT fait ressortir 3 points en particuliers : la charge de travail, la fatigue intellectuelle et la fatigue physique.

Nous avons également fait face, récemment, à un événement tragique concernant une salariée en souffrance au travail qui nous impose de mettre rapidement en place des dispositions pour que chaque salarié ne se sente pas isolé et qu’il puisse à tout moment trouver une aide et un soutien en cas de difficultés dans ce contexte difficile.

Nous vous demandons de prendre en considération tous ces points dans les plus brefs délais afin d’éviter une crise sociale profonde au sein de notre entreprise.

Pour illustrer ce mal-être, nous vous transmettons, au verso cette lettre, avec son accord, le message qu’une opératrice nous a adressé. Nous aurions des récits comparables à vous faire partager concernant le mal être de certains salariés dans les bureaux…

Chers collègues,

Après avoir passé plus de 15-20 ans à faire les mêmes gestes répétitifs, nous sommes nombreux à être atteints à des degrés différents de TMS, Troubles Musculo-Squelettiques. Les plus fragiles d’entre nous se retrouvent à mi-temps thérapeutique ou en maladie professionnelle touchant en majorité des femmes. Notre fierté d’être productif et notre satisfaction d’avoir accompli du bon travail s’accompagnent d’une déchéance progressive vers l’inaptitude. L’esprit veut toujours continuer à travailler comme avant mais le corps ne suit plus. Puis le sentiment d’être diminué et bon à rien nous envahit. La honte nous enferme dans un silence de solitude. Alors que rien dans l’apparence ne laisse transparaitre la douleur, nous sommes incompris, traités de fainéants car on est jugé trop souvent en arrêt maladie, et on doit redoubler d’efforts pour supporter la douleur au travail et garder le sourire. Le management ne met pas les moyens humains pour nous remplacer et le poids de notre absence se répercute sur les valides. Force est de constater qu’entre nous, on ne se tire pas vraiment vers le haut. Et ça arrange bien la direction que nous soyons divisés, en train de se battre entre nous. On nous change de zone mais partout, on doit porter les lots. Et quand on veut s’en sortir par le biais d’une formation pour sortir de la production, c’est impossible car le budget formation est trop serré. Que d’impasses !

Cela touche les anciens mais ce sera le devenir des nouveaux arrivants. Si rien ne change, tôt ou tard, ils seront confrontés aux mêmes problèmes, surtout avec la cadence qui va encore s’accentuer. Pendant que nous nous épuisons au travail, les investisseurs, les actionnaires, les 34 premiers de l’entreprise se gavent allègrement. Quand le marché en dents de scie de la microélectronique viendra à descendre, je crains qu’il y ait un énième plan social pour mieux nous licencier car nous serons devenus improductifs. C’est maintenant que la direction doit investir sur nos conditions de travail :

– Investir sur l’automatisation des équipements du 8 pouces
– Augmenter les effectifs en salle et promouvoir la polyvalence pour diluer la douleur
– Investir massivement dans les formations et les chartes d’évolutions car on ne fait plus
carrière toute une vie dans le même travail surtout dans ces conditions

Demandons que les discours de la direction sur le bien-être et la Qualité de Vie au Travail (QVT) ne restent pas de vaines paroles, que ça ne soit pas un semblant de vertu qui cache le vice. Demandons à M. Boudre de ne pas faire les mêmes erreurs que son prédécesseur qui a eu la folie des grandeurs et a négligé les fondations. Nous sommes les fondations ! Exigeons le respect et la considération car être opérateur n’est pas un sous-métier, surtout quand on connaît les difficultés qu’a le service RH pour recruter des candidats. M. Boudre, votre réalité est entourée de banquiers, d’investisseurs pour dénicher d’autres marchés mais ne négligez pas notre réalité qui est tout aussi vraie que la vôtre.

Une opératrice

La CGT Soitec tient à rendre hommage à nos deux collègues disparus ces
derniers jours. Nous nous tenons bien entendu à disposition si nécessaire.

Bonnes fêtes à toutes et tous, les élus et mandatés CGT Soitec. Bernin le 19/12/2018

Le tract ICI

 

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